La photo de la semaine

Un homme marche seul dans les quartiers Nord de Marseille.
07/08/2026. Saint-Henri à Marseille. Le signe. Son chant est partout. Il imprègne tous les champs. Partout nous voyons des signes. Sur une photo, un homme marche le dos courbé dans la rue, c’est un signe ! Cela signifie que le photographe dénonce la solitude, voire la pauvreté. Rien que le fait de demander : “Qu’est-ce que tu as voulu dire avec cette image ?” ; “Quelle est la signification de cette photographie ?” est une manière de lier une photo avec un aspect social, familial, personnel, politique, métaphysique ou autre. C’est un cliché car une image, souvent, se contente de montrer un certain agencement. Esthétique ou pas. Elle ne dit rien. Elle n’exprime rien. Elle ne dévoile rien. Elle construit en restant muette. Ce qui fait qu’elle fait beaucoup parler…

Une femme, habillée en noir, contemple une photo sur laquelle se trouve une femme, elle aussi, habillée en noir et qui semble projeter son regard sur le spectateur.
05/08/2026, les Rencontres de la photo d’Arles. Qui regarde qui ? La femme de la photo est-elle en train de questionner la personne en train de contempler l’image ? De lui demander ce qu’elle voit et de lui dire ce qu’elle est ? D’attirer son attention pour que son interprétation structure son propre univers ? Sans doute que oui… L’image attend un regard pour faire image. Elle n’a pas de repère extérieur à elle-même. De modèle qui serait sa référence. De quoi suis-je l’image ? De rien. Et d’ailleurs si elle était une copie d’autre chose qu’elle-même, elle serait simple disparition.Elle n’est que parce que rien ne la modèle avant qu’elle n’apparaisse.

Le vallon des Auffes à Marseille.
2/08/2026. Le Vallon des Auffes à Marseille. La Joconde se moque bien de nous. Sourit-elle ? Son visage est-il teinté d’une certaine gravité ? Regarde-t-elle à droite à gauche ? De qui est-elle le portrait ? De tout cela le peintre s’en moque. Il s’amuse avec celui qui contemple son œuvre. Seule chose tangible : celui qui regarde le tableau et qui se perd à chercher des traces d’objectivité. Qui demande à l’objet en face de lui de répondre à ses questions. Comme si un mystère devait être dévoilé à son œil acéré. Comme si celui qui voit peut effacer son regard au profit de ce qu’il regarde. Comme si ce petit espace rectangulaire contenait en lui tout ce que l’on peut dire de lui. Comme si cette écume qui vole au-dessus de l’eau pouvait nous raconter l’histoire des mers et des océans.
Un homme jongle avec des balles sur le ponton de la plage des Catalans à Marseille
25/07/2026. Les Catalans à Marseille. Ai-je vu cet oiseau surgir de nulle part ? Ai-je vu qu’il se situait dans le prolongement des balles, lancées par le jongleur ? Je n’en sais rien. Déclencher c’est très souvent s’attendre à une ou des surprises une fois la photo prise. Prise rimant avec surprise(s). Le hasard fait bien les choses, ou plutôt : il n’y a bien que du hasard. La contingence, la non-nécessité ne sont pas juste une qualité de l’Être mais son étoffe…

Le chien, le ciel et les volets fermés à Malesveilles.
20/07/2026, Malesveilles. Une image peut fasciner. Elle peut donner l’impression qu’elle exprime quelque chose. Ici la tristesse, la mélancolie, voire la menace, avec cet orage qui se prépare. Ou alors l’apaisement, le début du réconfort de la tombée de la nuit. J’ai pourtant juste voulu jouer sur une certaine esthétique à travers des formes et des couleurs. Rien de plus. Je ne désirais pas dire quoi que ce soit, mais le lien se fait en nous, par nous et sans doute pour nous. “L’auteur est mort’, dit Roland Barthes. Une fois son travail d’écriture ou d’images réalisé, le lecteur trouve sa propre lecture. Son vécu, sa singulière perception, ses propres angoisses… lui permettant de faire parler l’image. Il devient alors un véritable ventriloque.

L'ombre d'une personne en train de se baigner sur la plage du Prophète à Marseille.
14/07/2026, la plage du Prophète à Marseille. La photographie prétend renfermer des portions du réel comme on place dans une petite boîte ses quelques souvenirs d’enfance. Il n’en est rien. Elle n’est pas un calque de la réalité car elle élimine le temps et son mouvement, deux dimensions irréductibles du réel-monde. Elle est une illusion mais une illusion qui prend sa matière dans ce dehors tangible.

Un bateau de croisières semble porté par les roches de la jetée à Corbières à Marseille.
12/07/2026, Corbières à Marseille. Deux personnages sur la gauche semblent se fondre dans les roches de la jetée. Le bateau de croisières lui est comme porté par cette même matière. Tenter, toujours tenter autre chose. Pour que les images ne disparaissent pas. Ne se désintègrent pas dans une seule et même icône. Un peu comme ces bustes identiques avant que l’on invente le portrait. Nouveaux paysages, pas de copie conforme.

Sur la plage du Prophète à Marseille, un homme se promène avec son chien.
06/07/2026, la plage du Prophète à Marseille. Nous découpons le réel comme le cinéaste décide d’élaborer une scène. Nous n’arrêtons pas de nous faire des films. Chaque espace est habité par ses propres agencements. Une photo ne plaque en rien ce que l’on nomme la réalité. Elle fixe notre imaginaire. Image, imagination, imaginaire, ce que nous sommes !

Un homme pêche debout sur des rochers dans le secteur de Corbières à Marseille. On voit un bout de mer et un voilier au fond.
01/07/2025, Corbières à Marseille. L’art est toujours dernier. Dernier et premier. Entre les deux, rien. “L’art et la vie ne font qu’un”, scande Miss.Tic sur les murs. En citant Georges Braque. L’Être et l’image naissent à la même source pour ne jamais quitter leur identique cours d’eau.

Deux femme, dont l'une tient un chien en laisse, se promènent sur les hauteurs des plages du Prado à Marseille.
28/06/2026, les plages du Prado à Marseille. Une ville n’a pas d’âme. Pas d’atmosphère en soi. Elle ne renvoie que les signes qu’on lui invente. Elle est le regard que l’on porte sur elle. Ressentir c’est interpréter. Sentir c’est construire. Photographier c’est tenter de partager une vision forcément subjective.

On voit un bout du marché de Noailles à Marseille. La photo est prise de la fenêtre d'un immeuble alentour.
24/06/2026, le marché de Noailles à Marseille. Le monde n’existe pas. Il n’y a pas d’intégralité monde, un “tout-monde” pour faire allusion à Édouard Glissant. Il n’y a que des morceaux, des bouts de mondes. La photographie agence subjectivement des lieux qui, eux-mêmes, sont dans des espaces qui renferment d’autres lieux. Presque à l’inifini…

On voit un morceau de roches aux Goudes, des fils électriques et un poteau. Un oiseau qui vole et la mer.
21/06/2026, les Goudes à Marseille. Le silence règne. Peut-être l’oiseau qui survole les fils électriques, la mer et la roche est-il en train de le rompre ? Le son des ailes qui fendent l’air semble parvenir jusqu’à nos oreilles. Le calme de la scène est perturbé par un élément qui, lui-même, appartient au scénario de l’image.

Des ombres sur un banc sur l'esplanade du J4 à Marseille. Une ombre, un peu plus loin, marche.
16/06/2026, esplanade du J4 à Marseille. J’appelle cette photographie : “Giacometti involontaire”. L’image est floue et l’ombre qui marche, si ce n’est le sac à dos, semble filiforme comme une sculpture de GiacomettI. Ce n’est pas trop voulu mais le rendu de cette photo me plaît bien. Le scénario de l’image est conscient, le reste est pur hasard, incalculé.

13/06/2026, le port de Marseille. Une machine infernale avec des lignes de partout. D’autres mécanismes aussi. Ils font face à la légèreté de l’oiseau, placé à l’autre bout de l’image. Au fond, un ferry dans le brouillard, tel un fantôme apparaissant, permet d’équilibrer une image très fournie. Le chaos est agencé. C’est ça prendre une photo, agencer un chaos.

Une voiture jaune circule vers les Catalans à Marseille. La photo est prise derrière une vitre mouillée par la pluie.
06/06/2026, les Catalans à Marseille. L’image trouble-t-elle notre perception de l’Être ? Son caractère polysémique, sa capacité à reproduire le réel. Enfin à créer du réel. Cette dimension fait-elle d’une image un risque constant de simulacre pour reprendre le terme de Platon qui a une peur bleue des images. De sa puissante nuisance à l’encontre du vrai. S’amuse-t-elle tout le temps à brouiller les pistes, les voies (im)pénétrables de l’Être ?
Sur le Vieux-Port de Marseille, deux personnages : un homme et une femme au chapeau. Au milieu, un pigeon vole.
02/06/2026. Une femme au chapeau est assise au bord du Vieux-Port à Marseille. Elle regarde en direction de la mer. L’homme, lui, semble perdu dans ses pensées, et tourne le dos à la Méditerranée. Plus haut dans le ciel, un oiseau, dont les ailes sont déployées, semble les appeler à se rejoindre ou au moins à se tourner l’un vers l’autre. Mais, comme dans un tableau d’Edward Hopper, rien ne semble pouvoir les relier l’un à l’autre. Seuls. Même leurs ombres prennent des directions différentes.

Une ombre. deux autres ombres. Un homme marche seule en direction de deux autres personnes qui sont assises. On a l'impression qu'il s'extirpe de l'amas de pierres de la jetée. Comme pour moins se fondre dans la roche qui semble tout de même se présenter comme un prolongement de lui-même. Ou bien est lui qui est un prolongement des blocs sous ses pieds.
28/05/2026. Une ombre. Deux autres ombres. Un homme marche seul en direction de deux autres personnes qui sont assises, côte à côte. On a l’impression qu’il s’extirpe de l’ensemble de pierres de la jetée (ou qu’il s’y enfonce) à Corbières, Marseille. Comme pour moins se fondre dans la roche qui semble tout de même se présenter comme un prolongement de lui-même. Ou bien c’est lui qui est un prolongement des blocs sous ses pieds.

Photo - Marseille - port - Xavier -Cherica
22/05/2026. Une grille. Je me suis installé derrière cette grille ou ce filet étendu, je ne m’en souviens plus trop. Est-ce une grille de lecture qui cadre ce pêcheur, ce voilier et ce phare de l’entrée du port de Marseille, dans une seule et même photographie ? Ou alors ce premier plan est-il la toile de fond sur laquelle l’image est elle-même fabriquée ? Je n’en sais rien. C’est peut-être une image juste une image comme le répétait à l’envi Jean-Luc Godard.

Marseille - photos -photo -photographies -photographie
16/05/2026. L’homme court. Il s’avance rapidement comme pour entrer dans le décor. Faire partie de la photo. Étre une ombre parmi les ombres. On se situe en plein crépuscule sur les plages du Prado à Marseille. La scène est comme chapeautée par un filet de nuage, qui semble se diluer au-dessus des personnages. Ce phénomène céleste semble traverser l’image comme le joggeur qui arrive, va s’éloigner. Puis sortir. Et fuir ainsi définitivement ce cadre qui ne serait pas ce qu’il est sans lui. Ce qui structure l’image est en train de s’effacer. Comme un château de cartes qui va s’écrouler. Mais pas encore…

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12/05/2026. C’est une photo assez étrange. Avec un premier plan massif et peu esthétique en soi. Mais le tout fonctionne je pense. Le personnage semble prendre une certaine vitesse, comme si le banc de la Corniche à Marseille lui donnait de l’élan. Cette ombre, justement, ressemble aux deux fillettes sur une photographie de Sergio Larrain. Ma silhouette est presque en tout point semblable à ces deux enfants, vus de dos. Je ne l’ai remarqué que des années plus tard…

08/05/2026.Pourquoi créer des images ? Pourquoi poser la question “pourquoi” ? Je sais intimement pourquoi je déclenche, pourquoi je fais des photos. Mais posez-moi la question et je ne sais plus quoi répondre. “Pourquoi ?” signifie toujours que tout a une cause. Qu’on ne peut rien faire sans être poussé par quelque chose. C’est une pétition de principe !
Les quatre personnages, les courbes de leurs corps, leurs gestes, leur emplacement font l’image. Ils sont la photo. Ceux qui, non pas remplissent le vide, mais au contraire vident le trop-plein. Esthétise une surface qui sans eux n’est pas. Ils créent l’espace d’une manière immanente.

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03/05/2026. Un bout de blanc et de rouge. Une ligne. Une ligne aussi. Une ligne qui dessine un rythme fuyant. Presque une mélodie. Tout autour : le ciel, la mer et la terre. Cette terre rocheuse des Goudes à Marseille qui fait face à la mer. Tout comme le personnage, qui paraît lointain, regardant en direction de l’horizon, de la belle Bleue. Il est l’élément étranger au paysage, bien qu’il lui donne une dimension, sa dimension (“L’homme est la mesure de toutes choses”, dit Protagoras dans le dialogue éponyme de Platon). Et semble relier, comme dans une évidence, les différentes substances.

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28/04/2026. Presque rien. Une route invisible. Deux poteaux électriques. Des fils qui défilent. Des rochers en bord de route. Et surtout : ce petit personnage comme suspendu par la tête à un fil qui visiblement semble décroché des poteaux. Le marcheur est lui aussi presque invisible, mais c’est son ombre qui rend le reste esthétiquement visible. Il n’est presque rien mais agence le tout. Il rend l’image photographique.

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24/04/2026. “La vie n’est qu’une ombre qui passe”, méditait en son temps Shakespeare. Oui mais quelle ombre ! Elle se détache du reste de l’image sans laquelle elle ne serait pourtant qu’informe, que du noir sur du noir. L’ombre cisèle au plus précis ce qu’elle montre. Elle géométrise pour donner à voir l’essentiel en cachant ce même essentiel. Comme un jeu infini…

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21/04/2026. Les deux personnages s’avancent vers la sculpture en hommage à Rimbaud. L’œuvre se situe sur les hauteurs des plages du Prado à Marseille. Les joggeurs donnent l’impression que le monument de Jean Amado devient mobile tandis que l’homme et la femme semblent comme fixés dans une même posture pour l’éternité. L’immobile se meut pendant que ceux qui lui donnent l’impression de bouger se fixent. Comme s’ils étaient cloués sur place par la masse inerte qui s’avance devant eux.

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18/04/2026. Cette photo a été prise en 2024 à Marseille si mes souvenirs sont bons. L.image montre un véliplanchiste effectuant un saut au-dessus de fortes vagues et au petit large de la plage appelée : « Épluchures beach ». Au fond, on aperçoit clairement le phare du Planier qui guide les bateaux sortant ou entrant dans la cité phocéenne. Pas facile d’avoir ensemble les vagues, le « voltigeur » et la ligne d’horizon droite.